"Je prononçais mal mon propre nom"

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Au Nigeria l’Igbo est en danger. Cette langue est parlée par l’un des plus grands groupes ethniques du pays, qui est d’ailleurs en constante augmentation. Mais les Igbos parlent de moins en moins leur langue.
Exemple avec Nkem Ifejika. Ce reporter igbo de la BBC n’avait jamais appris sa langue… Mais il a changé d’avis.
“Quand je suis au Nigeria, je dis que mon père est Igbo de l’état d’Anambra, et que ma mère est de l’état de Rivers.
J’ai partiellement grandi au Royaume Uni. Je parle anglais, français, je me débrouille en espagnol et en Yoruba. J’ai aussi étudié l’arabe et l’allemand. Mais je ne peux pas parler igbo, alors que c’est la langue de mes ancêtres. Et jusqu’à il y a 10 ans, quand je disais mon nom, j’en donnais une version anglicisée."
Une question de nom
"Nkem Ifejika (ou Nkemakonam Ifejika en entier) est un nom igbo. L’igbo est une langue tonale, ce qui veut dire que si on n’accentue pas bien les mots ou si on met le mauvais ton, le sens change. Le mot « akwa » par exemple peut vouloir dire pleurer, œuf, ou pont, en fonction de l’intonation. Mon nom, Nkemakonam, signifie: “puis je ne pas manquer de ce qui m’appartient”, et Ifejika: “ce que j’ai est plus grand”. Mal prononcer mon nom, c’était aussi rejeter cet héritage"

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• L’un des plus grands groupes ethniques du Nigeria, dans le Sud Est du pays.
• L’igbo est l’un des langages les pus parlés au Nigeria, avec l’anglais, le hausa et le yoruba
• En 1967, les Igbos ont essayé de faire secession du Nigeria en créant le Biafra, une nation indépendante. Cela a abouti à une guerre civile qui a duré plus de deux ans
• La religion Igbo traditionnelle figure un dieu créateur (Chukwu ou Chineke), une déesse de la Terre (Ala), et d’autres divinités et esprits. Les ancêtres y protègent leurs descendants vivant
Retrouver l'igbo

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"Ma femme infatigable et fière d’être Igbo, Chikodili, m’a sauvé. « Tu ne sais même pas prononcer ton nom », elle m’a dit. J’ai un peu honte, quand je repense à cette époque. Mais maintenant, je dis mon nom correctement, avec les bons tons. Quand deux Hausa se rencontrent, ils parleront toujours Hausa. Même chose pour les Yorubas. Mais pour les Igbos, ils peuvent très bien se parler anglais. En 1995, l’Unesco décrivait l’igbo comme en danger, ce qui est une rareté pour une langue dont la population est en train d’augmenter. Alors pourquoi ?"
Tradition contre assimiliation

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"Pour ma mère, qui parlait igbo, il n’était pas crucial que j’apprenne cette langue. Elle voulait que j’ai une perspective internationale. De même, beaucoup de familles Igbos, tournées vers l’’extérieur, ambitieuses pour leurs enfants. Pour certains, nous assimilons et adoptons la culture du pays-hôte trop facilement. Pour d’autres, on doit être fier de cet esprit d’aventure. Les contes et les proverbes sont très importants dans la culture Igbo traditionnelle, et aident à faire vivre la langue. Loin des anciens, loin du village et de ces histoires, on perd le contact avec la langue. Il y a des livres en igbo, mais pas de journaux."
Le Biafra en héritage

"La guerre civile du Nigeria (1967 à 1970) a vu les Igbos tenter de former un état séparé, le Biafra. Un million d’Igbo sont morts, notamment de la famine. Après la guerre, le gouvernement a déclaré qu’il n’y avait ni vainqueur ni vaincu, pour enterrer l’inimitié. Mais les émotions sont toujours à vif. Il n’y a pas eu de catharsis, et la guerre du Biafra n’est pas enseignée dans les écoles. Cette désaffection a donné naissance à des groupes sécessionnistes comme le peuple Indigène du Biafra et le Mouvement pour l’Actualisation de l’Etat Souverain du Biafra. La plupart des Igbos que je connais ne soutiennent pas nécessairement la sécession, mais ils voient ces groupes comme ceux qui défendent les droits des Igbos."
Multiplicité et racines
"En devenant adulte, et notamment en devenant père, j’ai commencé à vouloir corriger le fait que je ne parlais pas igbo. Je veux léguer l’igbo à mon fils, Anyikamba (ce nom signifie: nous sommes plus grands qu’une nation).
Mon identité est cosmopolite et tournée vers l’extérieur, et je m’adapte vite.
Mais je pense que le monde moderne est si fluide, et il est de plus en plus possible d’avoir des identités multiples, alors j’ai besoin de quelque chose d’enraciné et de préservé dans le temps.
Et cette chose, pour moi, c’est l’igbo."

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